LA GUERRE DU MALI EN 2013

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En attendant une décision officielle du Palais autorisant l’armée à intervenir au Mali au côté de la force africaine, les services de sûreté sont en état d’alerte. Une lettre attribuée à un ex-soldat ayant rejoint les rangs d’Ansar Eddine alimente davantage ce contexte de tension.

Le Maroc suit avec une attention particulière la guerre au Mali. Ses services de sûreté sont en état d’alerte en prévision à d'éventuelles attaques de groupes terroristes ayant des accointances avec les antennes locales d’Al Qaida qui contrôlent la grande partie du territoire de ce pays. L’information a fait, hier, la Une d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le quotidien arabophone affirme que les autorités marocaines ont élaboré un plan visant à renforcer les mesures de sécurité pour assurer une protection aux Marocains, touristes et représentations diplomatiques des pays étrangers. L’une des premières manifestations de ce plan est le retour à l’installation de barrages à l’entrée des grandes villes, comme celui que nous avons constaté, lundi, à Casablanca.

Une lettre d’un ex-soldat ayant rejoint Ansar Eddine au Mali
Et il n’y a pas que la police qui est en alerte à cause de l’escalade militaire au Mali. Une lettre écrite attribuée à un ancien soldat marocain, présenté sous le pseudonyme d’Abou Hafs Abdelfattah, qui aurait rejoint les rangs d’Ansar Eddine est une autre source d’inquiétude pour les services de sûreté.
La missive publiée sur un site très proche d’Al Qaida, http://as-ansar.com/vb/showthread.php?t=78073, demande ouvertement aux militaires marocains qui seraient envoyés au Mali pour combattre les groupes islamistes de refuser les ordres de leur hiérarchie. Dans son édition, d’hier, le quotidien Al Massae avance que les services secrets mènent des investigations afin de connaître l’identité exacte de cet ancien soldat des FAR.

Combien y a-t-il de Marocains au Mali ?
La présence d’un ex-militaire marocain combattant du groupe Ansar Eddine ne constitue guère une surprise. Fin novembre, le ministère de l’Intérieur annonçait, dans un communiqué, le démantèlement d’une cellule de recrutement de volontaires destinés à AQMI et le MUJAO. Avant que les autorités n’aient réussi à mettre un terme à son activité, le groupe a pu envoyer « plus de vingt volontaires-dont les identités ont été déterminées- pour le jihad dans les rangs d’ Al Qaïda dans le Maghreb islamique (AQMI) et son allié le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) dans le nord du Mali, où ils suivaient des entraînements militaires en vue de les associer à des opérations terroristes dans la région », précisait le même communiqué.

Le 25 décembre, le département de Mohand Laenser annonçait, également, l’arrestation d’une autre cellule de recrutement de jihadistes pour le compte d’AQMI.

Mise à jour du 1er avril 2012: Des rebelles touareg sont entrés dimanche 1er avril à la mi-journée dans la ville de Tombouctou, dernière ville du nord-est du Mali encore sous contrôle gouvernemental, ont rapporté à l'AFP des témoins.
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C'est dans une atmosphère tendue qu'Alain Juppé, le chef de la diplomatie française, s'est rendu au Mali. En visite dans le pays, le ministre a exhorté le gouvernement malien à négocier avec les rebelles, rappelant qu'aucune solution militaire n'était possible à ce conflit. Depuis plusieurs mois, l'affrontement entre les forces maliennes et la rébellion touareg portée par le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) ne cesse de s'intensifier.
Un rideau de sable semble isoler le nord du Mali. La quasi-absence de médias sur place et d'humanitaires rend la situation difficile à cerner et multiplie les versions sur l'origine de ce conflit.
«On est dans une guerre de communication, dans une zone poudrière qui cristallise l'enjeu sécuritaire de la région, une zone stratégique, non contrôlée où se brasse une rébellion touareg, des narcotraficants, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et quelques mines d'uranium», explique Anne Giudicelli, dirigeante du cabinet de consulting, Terrorisc.

Guerre ethnique? Génocide? Lutte populaire?

Exemple possible de cette guerre de communication, les diverses qualifications qu'a revêtu ce conflit, basé à l'origine sur des revendications territoriales et indépendantistes. En février dernier, à Alger, le secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Cherif, a parlé de «guerre ethnique» contre les «Blancs» (les Touareg et les Arabes) à Bamako.
Cette déclaration faisait suite aux événements survenus dans la capitale malienne le 2 février dernier et qualifiés de «Jeudi noir» par une partie de la presse malienne. Pour André Bourgeot, anthropologue, directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste de la bande saharo-sahélienne, les propos tenus par Bilal Ag Chérif sont à mesurer:
«Il ne s'agit en aucun cas de guerre ethnique. C'est un mensonge énorme d'autant plus grave qu'il est conscient et relève de la manipulation classique. Déjà en 1990, les rebellions touareg avaient eu recours à la notion de «génocide» pour s'attirer les complaisances occidentales».
Du côté du MNLA, le porte-parole Hama Ag Sid'Ahmed s'en défend:
«Pour Bamako, il s'agit d'une guerre ethnique mais, pour le MNLA, il s'agit d'un combat, d'une lutte populaire, d'un peuple pour la reconquête d'un territoire. Bamako a maladroitement fait basculer le conflit en un affrontement entre le Nord et le Sud».
Ce glissement de discours trouverait son essence dans les rapports qu'entretient le gouvernement avec les Touareg.
«Les citoyens de ces régions ont compris largement qu'ils ne sont pas Maliens. Ils sont traités par les autorités centrales, les militaires et les citoyens des régions du Sud comme des citoyens extérieurs», souligne Hama Ag Sid'Ahmed.
Hélène Claudot-Hawad, ethnologue et directrice de recherche au CNRS, va même plus loin et qualifie de «propagande raciste» l'agissement de Bamako à l'égard des Touareg et de la rébellion. 
«Si, pour les insurgés, l’injustice est la cause du soulèvement, les États préfèrent ne voir dans ces événements (la rébellion) que la manifestation de l’anarchie et du désordre qui seraient le propre du caractère nomade. Cette réduction essentialiste des faits (ramenés à une crise psychologique sans fondement) dévoile la position d’incompréhension et de refus de dialogue des autorités», souligne la chercheuse dans son livre intitulé Touaregs: Voix solitaires sous l'horizon confisqué.